Le procès du massacre du 28 septembre 2009 a connu un tournant judiciaire majeur ce lundi 12 janvier 2026 à Conakry. L’audience, tenue par le Tribunal criminel de Dixinn, exceptionnellement délocalisé à la Cour d’appel de Conakry, a été marquée par une demande formelle du ministère public. Celui-ci a requis la requalification des faits en crimes contre l’humanité, une évolution lourde de conséquences juridiques et symboliques. Cette étape pourrait redéfinir la portée du procès et son inscription dans le droit pénal international. Elle ravive également les attentes des victimes, seize ans après les faits.
Un massacre toujours au cœur de la mémoire nationale
Le 28 septembre 2009, une répression violente de manifestants politiques avait endeuillé la Guinée au Stade du 28 Septembre. Il y avait eût plus d’une centaine de morts et de nombreux blessés. Les événements avaient profondément choqué l’opinion publique nationale et internationale. Depuis, ce drame demeure l’un des épisodes les plus sombres de l’histoire contemporaine du pays. Le procès en cours est donc une épreuve décisive pour la lutte contre l’impunité.
Le ministère public invoque le droit pénal international
Pendant l’audience du 12 janvier, le ministère public demande la requalification des faits reprochés à Bienvenu Lamah en crimes contre l’humanité. Cette requête s’appuie sur les articles 194 et 198 du Code pénal guinéen, ainsi que sur l’article 7 du Statut de Rome. Ce texte fondateur de la Cour pénale internationale définit les crimes contre l’humanité comme des actes commis dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique contre une population civile. Selon l’accusation, les éléments constitutifs de cette qualification seraient réunis dans ce dossier.
La responsabilité hiérarchique au centre des débats
Le substitut du procureur a insisté sur la position hiérarchique occupée par le colonel Lamah à l’époque des faits. Responsable du centre de formation militaire de Kaliah, il aurait exercé une autorité directe sur des recrues déployées lors de la répression. L’accusation estime qu’il « savait ou ne pouvait ignorer » que ces forces commettraient des actes criminels. Cette notion de responsabilité du supérieur hiérarchique est centrale en droit pénal international. Elle permet d’engager la responsabilité pénale d’un commandant pour les actes de ses subordonnés.
Le soutien appuyé de la partie civile
Les avocats représentant les victimes ont soutenu sans réserve la demande du ministère public. Ils estiment que la gravité des faits justifie une requalification à tout stade de la procédure. Pour eux, les violences, les meurtres et les atteintes graves à la dignité humaine observés ce jour-là relèvent clairement de crimes contre l’humanité. La partie civile voit dans cette évolution un pas supplémentaire vers une reconnaissance judiciaire complète du préjudice subi. Elle considère également cette démarche comme un signal fort envoyé aux victimes et à leurs familles.
Une opposition ferme de la défense
La défense, en revanche, s’est opposée vigoureusement à cette requête. Zézé Kalivogui, avocat du colonel Lamah, a dénoncé une initiative tardive et juridiquement infondée. Il a rappelé que son client avait déjà bénéficié d’un non-lieu en première instance et en appel. Selon la défense, aucun élément nouveau ne justifie une telle requalification. Elle estime qu’accepter cette demande porterait atteinte aux principes de sécurité juridique et de stabilité des décisions judiciaires.
Une décision très attendue
Après avoir entendu l’ensemble des arguments, le président du tribunal a mis l’affaire en délibéré. La décision sur la requalification des faits est attendue pour le mardi 13 janvier 2026. Ce verdict pourrait marquer un tournant décisif dans le traitement judiciaire du massacre du 28 septembre 2009. Au-delà du sort individuel des accusés, l’enjeu touche à la capacité de la justice guinéenne à juger des crimes d’une gravité exceptionnelle. L’issue de cette audience est suivie avec une attention particulière, tant en Guinée qu’à l’international.
Facinet Soumah

