À Butembo, la lutte contre Ebola se heurte désormais à une violence liée au climat de défiance. Marie-Célestin Karondwa, responsable local de l’UDPS, a été battu à mort après une intervention radiophonique. Il avait soutenu les mesures publiques destinées à freiner l’épidémie. Son domicile a aussi été incendié après l’attaque.
Les funérailles se sont tenues mercredi 30 septembre dans cette ville du Nord-Kivu. Les autorités n’avaient pas encore établi la motivation exacte des auteurs. L’affaire survient pourtant dans une zone où les équipes sanitaires subissent déjà méfiance et hostilité. Cette résistance complique la détection rapide des malades.
Une épidémie déjà plus vaste que celle de 2018-2020
Le contexte sanitaire explique l’inquiétude autour de cette attaque. L’Organisation mondiale de la santé comptait 7 890 cas confirmés au 23 septembre. Parmi eux, 3 799 personnes étaient décédées. La létalité atteignait donc 48,1 % à cette date.
Des données gouvernementales plus récentes, reprises par Associated Press, dépassaient ensuite 8 000 cas confirmés. Elles faisaient état de 8 067 cas et 3 901 décès. Cette épidémie est déjà la plus importante jamais enregistrée en RDC. L’épidémie de 2018-2020 avait compté 3 317 cas.
Le Nord-Kivu affiche une mortalité encore plus élevée
Le Nord-Kivu figure parmi les zones les plus touchées. L’OMS y enregistrait une létalité de 59,7 % au 23 septembre. Cette proportion dépasse nettement la moyenne nationale proche de 48 %. Les autorités sanitaires cherchent encore à expliquer cet écart. La comparaison renforce la pression sur la réponse dans cette province. Le Nord-Kivu concentre aussi plusieurs zones de forte mobilité. Ces mouvements compliquent le suivi rapide des contacts.
Les retards de consultation constituent l’un des principaux facteurs de risque. Certains malades arrivent trop tard dans les structures spécialisées. D’autres restent dans leurs communautés pendant plusieurs jours. Ces délais augmentent à la fois la mortalité et la transmission.
La confiance des communautés devient un enjeu central
L’OMS insiste particulièrement sur la confiance entre les communautés et les équipes de surveillance. Le 30 septembre, l’organisation décrivait encore des familles hésitant à signaler certains malades. Les agents doivent convaincre avant de pouvoir enquêter sur les alertes. Ce travail ralentit lorsque la méfiance augmente.
Les violences contre les intervenants sanitaires aggravent encore cette difficulté. Elles réduisent parfois l’accès aux quartiers les plus exposés. Elles peuvent aussi décourager les agents locaux. Or la surveillance repose largement sur des relais communautaires capables d’identifier rapidement les nouveaux cas.
Une flambée différente des grandes épidémies précédentes
L’épidémie actuelle est causée par le virus Bundibugyo. Cette souche ne dispose pas encore d’un vaccin approuvé comparable aux outils utilisés contre Ebola Zaïre. Des essais cliniques sont cependant en cours. Cette différence limite les options immédiates de prévention.
Le pays affronte également un contexte sécuritaire très difficile. Les déplacements de population compliquent le suivi des contacts. L’insécurité perturbe aussi l’accès aux soins dans plusieurs zones. Sept provinces et 63 zones de santé étaient déjà touchées fin septembre. L’Ituri restait néanmoins l’épicentre national. Cette province représentait encore la majorité des cas cumulés. Le déplacement géographique du virus reste donc un risque majeur.
Butembo rappelle que la réponse ne peut pas être seulement médicale
Le meurtre de Karondwa montre donc une dimension supplémentaire de la crise. Les médicaments et les centres de traitement ne suffisent pas. La riposte dépend aussi de la confiance, de la communication et de la sécurité. Sans ces éléments, les chaînes de transmission deviennent plus difficiles à interrompre.
Les prochains jours seront importants pour Butembo et le Nord-Kivu. Les autorités devront clarifier les circonstances du meurtre. Les équipes sanitaires devront aussi poursuivre leur travail dans un climat tendu. L’efficacité de la riposte dépendra largement de leur capacité à regagner la confiance locale.
Xolomo Tokpa


