Le 3 avril 1984 marque un tournant décisif dans l’histoire politique de la République de Guinée. Ce jour-là, un coup d’État militaire mené par le colonel Lansana Conté renverse sans violence le pouvoir en place, mettant fin à une période d’incertitude ouverte par la mort du président Ahmed Sékou Touré.
Quelques jours auparavant, le décès du chef de l’État, survenu lors d’une intervention chirurgicale aux États-Unis, avait laissé le pays dans une situation politique fragile. Conformément à l’ordre constitutionnel établi, le Premier ministre Louis Lansana Béavogui assurait l’intérim depuis mars et apparaissait comme le favori pour succéder officiellement au défunt président. Le Parti démocratique de Guinée (PDG), alors unique formation politique autorisée, devait désigner un nouveau dirigeant, lequel aurait automatiquement accédé à la présidence pour un mandat de sept ans, sous réserve d’une confirmation par référendum.
Mais le processus institutionnel est brusquement interrompu. Quelques heures avant la désignation attendue du nouveau chef du PDG, l’armée prend le contrôle de la situation. Le colonel Lansana Conté suspend la Constitution, dissout le PDG ainsi que l’Assemblée nationale et l’ensemble des organisations de masse affiliées au régime précédent.
Dans la foulée, une junte militaire est instaurée sous le nom de Comité militaire de redressement national (CMRN), désormais détenteur du pouvoir exécutif. Parmi ses premières mesures figure la libération de nombreux prisonniers politiques détenus au tristement célèbre Camp Boiro, symbole de la répression sous le régime de Sékou Touré.
Le 5 avril 1984, Lansana Conté est officiellement désigné président de la République, ouvrant une nouvelle ère politique pour la Guinée. Ce coup d’État, bien que dépourvu d’effusion de sang, marque une rupture nette avec le système de parti unique et amorce une recomposition profonde des institutions du pays.
Facinet Soumah


