Un procès emblématique relancé à Conakry
Le procès du 28 septembre 2009 a repris ce mardi 20 janvier 2026 au tribunal criminel de Dixinn, exceptionnellement délocalisé à la cour d’appel de Conakry. Cette nouvelle phase marque le début du second volet des audiences, centré sur l’examen des responsabilités individuelles.
Les juges entendent désormais victimes et témoins dans une atmosphère lourde, où chaque récit ravive les souvenirs douloureux des violences survenues lors de la répression sanglante du rassemblement du 28 septembre 2009. L’attention du tribunal se porte particulièrement sur le rôle présumé du colonel Bienvenu Lamah, alors instructeur au camp militaire de Kaléah.
Cette étape est décisive, car elle vise à établir des faits précis, individualiser les responsabilités et confronter les témoignages aux arguments de la défense, après de longues années d’attente judiciaire.
Le témoignage d’Ibrahima Sory Baldé : la panique au stade
Dès l’ouverture de l’audience, Ibrahima Sory Baldé, victime des violences, a livré un témoignage empreint d’émotion. Il a décrit une journée dominée par la peur, la panique collective et une confusion extrême à l’intérieur du stade du 28 septembre.
Blessé en tentant de fuir la foule, il a expliqué avoir cherché refuge sur les toits des maisons voisines, tandis que des tirs nourris retentissaient derrière lui. Selon son récit, les cris et les détonations rendaient toute orientation impossible.
Le témoin a toutefois précisé n’avoir aperçu des militaires qu’à l’extérieur du stade. Il a reconnu ne pas être en mesure de les identifier formellement, un élément immédiatement relevé par la défense dans sa stratégie de contestation.
Mamadou Pètè Baldé face aux interrogations de la défense
Le tribunal a ensuite entendu Mamadou Pètè Baldé, lui aussi blessé en tentant d’échapper au chaos. Il a affirmé avoir vu plusieurs corps sans vie, ainsi qu’une femme tuée par balle lors de sa fuite.
Cependant, l’absence de documents médicaux attestant de sa présence sur les lieux a fragilisé son témoignage. La défense a également souligné son silence durant les longues années d’instruction. Face à ces critiques, le témoin a invoqué des raisons d’ordre divin pour expliquer son absence prolongée.
Interrogé sur le colonel Bienvenu Lamah, Mamadou Pètè Baldé a déclaré ne pas l’avoir vu sur les lieux ni entendu donner des ordres. Cette précision a été immédiatement exploitée par les avocats de la défense pour affaiblir les accusations ciblées.
Pillages et violences économiques à Cosa
Fatoumata Binta Bah, commerçante à Cosa, a ensuite relaté un autre visage des événements du 28 septembre 2009. Elle a expliqué que sa boutique avait été attaquée dans l’après-midi par des militaires portant des bérets rouges.
Selon son témoignage, ces hommes circulaient à bord de pick-up et ont d’abord lancé des gaz lacrymogènes, avant d’ouvrir le feu. Prise de panique, elle a fui pour sauver sa vie. À son retour, son commerce avait été entièrement pillé.
Elle estime son préjudice à 31 millions de francs guinéens et réclame réparation. Elle a toutefois précisé ne pas connaître le colonel Lamah et a affirmé qu’il n’était pas présent sur les lieux des faits.
Un témoignage indirect contesté par la défense
Enfin, Souleymane Diallo, enseignant de 58 ans, est venu témoigner au nom de son frère aîné. Ce dernier avait été grièvement blessé lors des violences au stade et est décédé en 2011.
Le témoin a présenté des documents médicaux établissant un lien entre la blessure et le décès. Néanmoins, la défense a soulevé une exception de procédure, contestant sa légitimité à intervenir en tant que partie non directement victime.
Cette contestation a relancé le débat sur la recevabilité des témoignages indirects, un enjeu juridique majeur dans ce procès aux ramifications humaines complexes.
Une audience reportée au 26 janvier 2026
À l’issue de cette série de témoignages poignants, le tribunal a décidé de renvoyer l’audience au 26 janvier 2026. La phase consacrée aux témoignages de la partie civile se poursuivra, dans l’attente d’éclaircissements supplémentaires sur les responsabilités individuelles.
Ce procès, suivi avec attention en Guinée et à l’international, reste un moment clé dans la quête de vérité, de justice et de reconnaissance pour les victimes des événements tragiques du 28 septembre 2009.
Facinet Soumah

