Procès de Kassory Fofana : ouverture des plaidoiries, la partie civile réclame 20 milliards pour appel abusif

L’ex-Premier ministre guinéen Ibrahima Kassory Fofana a été entendu le lundi 30 mars 2026 sur son lit de malade. Cela a eu lieu conformément à une décision prise lors de l’audience précédente.

À l’ouverture de l’audience de ce jeudi 2 avril 2026, la cour s’est d’abord assurée que toutes les parties étaient en possession du procès-verbal de cette audition. Ensuite, elle a déclaré les débats clos. Enfin, elle a annoncé l’ouverture des plaidoiries et réquisitions.

La partie civile, représentée par l’Agent judiciaire de l’État, a ouvert les interventions. Dans sa prise de parole, Me Pépé Antoine Lama a accusé la défense de l’ancien chef du gouvernement d’avoir tenté de dissimuler des éléments essentiels du dossier. Il a cité notamment des aveux, des prête-noms et des comptes bancaires.

Sur le chef d’accusation de détournement de deniers publics, l’avocat a soutenu que l’élément central du dossier demeure la MAMRI. Il affirme que 95 % du budget sur la période 2019-2021 proviendraient de cette structure. Il s’appuie sur un rapport de l’Inspection générale de l’État (IGE).

« Ce n’est pas une approximation, ce ne sont pas des rumeurs, c’est une certitude », a-t-il insisté.

Répondant à la défense, qui soutient que les fonds incriminés seraient restés dans le circuit de l’État, Me Lama a précisé que le détournement ne suppose pas nécessairement la disparition des fonds. Selon lui, « Il suffit que l’argent soit déplacé de sa destination légale ».

Pour lui, les faits sont établis, notamment en ce qui concerne les 15 milliards de francs guinéens en cause. Il a souligné que le prévenu a reconnu être intervenu personnellement dans la réaffectation des fonds. Il cite ses propres mots : « Oui, c’est moi qui ai demandé à la MAMRI de financer l’ANIES ». Une déclaration que Me Lama considère comme suffisante pour caractériser l’infraction.

Concernant les critiques de la défense sur le caractère non contradictoire du rapport d’enquête, la partie civile a estimé cet argument irrecevable. De plus, elle souligne que le prévenu avait lui-même refusé de comparaître, « fuyant les débats ». Ensuite, il s’est exprimé dans les médias et sur les réseaux sociaux.

Sur le volet de l’enrichissement illicite, la partie civile a évoqué des chiffres jugés accablants. Alors que le prévenu déclare percevoir un salaire mensuel de 15 millions de francs guinéens, les enquêtes auraient révélé la présence sur ses comptes bancaires domiciliés à Vista Gui de 1 milliard 15 millions 848 000 francs guinéens. De plus, les comptes présenteraient 902 000 dollars américains. Enfin, ils contiendraient aussi 906 000 euros.

Pour l’avocat, « la disproportion est manifeste et juridiquement inexplicable ». Il rejette les justifications de la défense évoquant d’anciennes activités de consulting à l’étranger.

S’agissant du blanchiment de capitaux, la partie civile s’est appuyée sur le jugement n°003 du 27 février 2025. Elle évoque des opérations de fractionnement sur les comptes du prévenu. Lors de son audition du 30 mars 2026, Ibrahima Kassory Fofana avait expliqué que ces fractionnements répondaient à des exigences bancaires. Mais cet argument a été rejeté par la partie civile, qui y voit une stratégie délibérée. Selon elle, cela vise à contourner les mécanismes de contrôle et à dissimuler des transactions suspectes. Par ailleurs, Me Lama a également évoqué le recours à des prête-noms comme autre procédé de blanchiment.

La partie civile demande la confirmation de la condamnation

Au terme de son intervention, la partie civile a demandé à la cour de confirmer la condamnation prononcée en première instance, soit cinq ans d’emprisonnement et une amende de deux milliards de francs guinéens. Elle sollicite en outre la condamnation du prévenu au paiement de 20 milliards de francs guinéens pour appel abusif.

Facinet Soumah

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