Ouganda : Kampala veut industrialiser le cinéma africain

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Le cinquième Film & Culture Market s’est ouvert le 23 septembre 2026 à Kampala. Pendant trois jours, l’événement veut rapprocher la création africaine du financement, de la distribution et des marchés internationaux.

La rencontre se déroule jusqu’au 25 septembre au centre MOTIV. Elle réunit des réalisateurs, scénaristes, acteurs, producteurs, investisseurs, diffuseurs et étudiants. Le thème résume son ambition : réinventer les récits africains et relier la créativité au commerce. Les organisateurs veulent dépasser la simple célébration culturelle.

Un film peut recevoir des applaudissements sans trouver de distributeur. Il peut aussi circuler dans les festivals sans rémunérer durablement ses créateurs.

Un marché plutôt qu’un simple festival

Le programme repose sur cinq composantes principales. Il comprend des ateliers, des projections, un sommet professionnel, un pavillon du film et des rencontres commerciales.

Les ateliers doivent renforcer les compétences artistiques, techniques et entrepreneuriales. Les projections présenteront des œuvres ougandaises et africaines à de nouveaux publics. Le sommet abordera le financement et la distribution. Le pavillon permettra aux porteurs de projets de rencontrer des producteurs, des acheteurs et d’éventuels partenaires.

Cette organisation marque une évolution importante. Un festival récompense principalement des œuvres terminées. Un marché accompagne aussi les projets avant leur production et après leur sortie.

Un potentiel continental encore largement inexploité

Les chiffres de l’UNESCO montrent l’ampleur de l’enjeu. Le cinéma et l’audiovisuel africains génèrent environ 5 milliards de dollars par an.

Le secteur emploie près de 5 millions de personnes. Avec davantage d’investissements, son potentiel pourrait atteindre 20 milliards de dollars et 20 millions d’emplois. L’écart entre la situation actuelle et ce potentiel est considérable. Les revenus pourraient être multipliés par quatre, tout comme le nombre d’emplois.

La piraterie absorbe cependant entre 50 % et 75 % des recettes, selon les estimations reprises par l’UNESCO. L’insuffisance des salles limite également la diffusion. L’Afrique ne compte qu’un écran de cinéma pour environ 787 000 habitants. Cette rareté oblige les professionnels à développer la télévision, le mobile et les plateformes numériques.

Kampala veut relier le talent au financement

L’Ouganda dispose de nombreux jeunes créateurs, notamment dans les quartiers populaires et les universités. Leur principal obstacle n’est pas toujours la capacité à raconter.

Le financement reste difficile. Les producteurs rencontrent aussi des problèmes de distribution, de droits, de promotion et d’accès aux décideurs internationaux. Le Film & Culture Market veut agir précisément sur cette rupture. Les séances de présentation permettront aux créateurs de défendre directement leurs projets.

Les rencontres doivent inclure des diffuseurs, distributeurs, agrégateurs et exploitants. Elles peuvent transformer une idée locale en produit culturel commercialisable.

Conserver les récits sans sacrifier leur valeur

L’industrialisation du cinéma soulève aussi une question éditoriale. L’ouverture aux marchés internationaux ne doit pas uniformiser les histoires africaines.

Les plateformes recherchent souvent des formats immédiatement accessibles au public mondial. Les réalisateurs veulent préserver leurs langues, leurs références sociales et leurs choix artistiques. Le marché doit donc créer un équilibre. Il faut rendre les œuvres rentables sans transformer leur identité en simple produit exotique.

La cinquième édition montre que Kampala installe progressivement un rendez-vous professionnel. Trois journées ne suffiront pas à résoudre les difficultés structurelles du secteur. Elles peuvent néanmoins produire des accords, des formations et des réseaux durables. Le véritable bilan se mesurera par les projets financés et effectivement distribués.

De la visibilité à une économie culturelle

Le cinéma africain n’a plus seulement besoin d’être découvert. Il doit mieux contrôler sa production, ses recettes et sa circulation. Le rendez-vous de Kampala traduit cette nouvelle priorité. La culture y reste un instrument de mémoire, mais elle devient aussi une activité économique.

Si les rencontres débouchent sur des contrats, l’événement aura dépassé la logique du festival. Il aura contribué à construire une industrie plus autonome.

Xolomo Tokpa

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