Le test d’aptitude informatisé organisé le samedi 5 septembre 2026 pour recruter de nouveaux agents du West African Examinations Council (WAEC) a provoqué une vague de plaintes. Le 7 septembre, l’institution affirmait pourtant que l’épreuve s’était achevée sans incident technique.
Portail inaccessible, identifiants rejetés, horaires ou centres non communiqués : plusieurs candidats disent avoir été empêchés de composer. L’un d’eux a raconté avoir attendu pendant les quarante minutes prévues sans pouvoir ouvrir la plateforme. Un autre, après s’être déplacé jusqu’à la capitale de son État, affirme n’avoir trouvé aucun responsable sur place avant de découvrir que le système le présentait comme ayant déjà passé l’épreuve.
Deux récits opposés sur une même épreuve
Ces témoignages dessinent un échec opérationnel, mais le WAEC conteste formellement cette lecture. Sa porte-parole, Moyosola Adesina, a déclaré qu’aucun dysfonctionnement n’avait été enregistré. L’écart entre la version officielle et l’expérience relatée par les postulants est désormais le cœur du sujet : sans publication du nombre d’inscrits, du taux de connexion réussi et des journaux d’incidents, il est impossible de mesurer précisément l’ampleur du problème.
Le contraste est d’autant plus important que le WAEC accélère sa transition numérique. Pour la session scolaire 2026 du WASSCE, 1 950 726 candidats ont effectivement composé. Parmi eux, 1 200 514, soit 61,54 %, ont obtenu au moins cinq crédits incluant l’anglais et les mathématiques. En 2025, cette proportion était de 62,96 % : le recul atteint donc 1,42 point.
D’autres indicateurs évoluent toutefois dans un sens plus favorable. Les résultats retenus pour fraude présumée représentaient 9,70 % des copies en 2025, contre 8,59 % en 2026. Cette baisse de 1,11 point pourrait refléter un meilleur contrôle, même si chaque dossier doit encore être examiné avant une conclusion définitive.
Le numérique n’est donc plus une expérimentation marginale. Pour le WASSCE privé informatisé, les inscriptions sont passées de 9 438 candidats en 2025 à 10 523 en 2026, soit une hausse de 11,49 %. Au total, 10 480 personnes ont composé dans 166 centres. Le taux atteignant le seuil de cinq crédits avec anglais et mathématiques a lui aussi progressé, de 26,96 % en 2025 à 32,72 % en 2026. Ce gain de 5,76 points montre que l’outil peut fonctionner à grande échelle. Il ne prouve toutefois pas que toutes les plateformes du WAEC disposent de la même robustesse.
La transparence comme prochain test
Le problème dépasse les seuls candidats à un emploi. Quelque 1,96 million d’élèves, issus de 24 207 établissements, se sont inscrits au WASSCE scolaire 2026, encadrés par environ 29 000 enseignants. À cette échelle, une panne même limitée peut toucher des milliers de personnes et alimenter la défiance.
Le WAEC pourrait dissiper le doute en publiant un bilan technique du recrutement : nombre de connexions, candidatures invalidées, incidents par centre et procédure de rattrapage. Sans ces données, les candidats lésés présumés n’ont aucun moyen de contester leur statut. Le fiasco allégué du 5 septembre devient ainsi un cas d’école : la modernisation ne se mesure pas seulement au nombre de tests numérisés, mais à la possibilité de vérifier ce qui s’est passé lorsque la technologie et les usagers racontent deux histoires différentes.
Xolomo Tokpa


