Le Maroc entre dans une nouvelle phase politique après les élections législatives du 23 septembre 2026. Le roi Mohammed VI a nommé, mardi 29 septembre, Fatima Ezzahra El Mansouri à la tête du gouvernement et lui a demandé de former une nouvelle équipe. Cette nomination est historique : elle devient la première femme à accéder à la direction du gouvernement marocain. Elle intervient après la victoire du Parti authenticité et modernité, le PAM, dont elle est l’une des principales figures.
Le PAM progresse, mais reste loin de la majorité
Le PAM a remporté 97 des 395 sièges de la Chambre des représentants. Le parti améliore ainsi son résultat de 2021, lorsqu’il avait obtenu 87 sièges, soit un gain de dix élus. Il devance le Rassemblement national des indépendants, crédité de 66 sièges, et l’Istiqlal, qui en obtient 65. Le Parti de la justice et du développement remonte pour sa part à 54 sièges mais a annoncé son intention de rejoindre l’opposition.
Cette victoire ne donne toutefois pas au PAM les moyens de gouverner seul. Avec 97 députés, il ne détient qu’environ un quart des sièges du Parlement. El Mansouri doit donc négocier une coalition capable de disposer d’une majorité stable. Reuters rapporte qu’elle s’est déclarée ouverte aux discussions sans exclure les anciens partenaires du gouvernement sortant, ce qui laisse plusieurs combinaisons possibles.
Une participation en net recul par rapport à 2021
Le résultat électoral doit également être lu à travers le niveau de participation. Environ 38 % des électeurs ont voté, contre près de 50 % lors du scrutin précédent. Le recul est donc proche de 12 points de pourcentage. Ce chiffre constitue un enjeu politique important pour le futur gouvernement, car il reflète une mobilisation plus faible malgré une campagne dominée par les préoccupations économiques et sociales.
Le PAM avait présenté un programme évalué à environ 37 milliards de dollars. Il promettait notamment la création d’un million d’emplois. Ses engagements portaient aussi sur la santé, l’éducation et les salaires. Le nouveau gouvernement devra transformer ces promesses en politiques financées. Sa capacité à y parvenir sera observée de près. Le coût de la vie et l’emploi des jeunes restent en effet des sujets sensibles.
Le Mondial 2030 ajoute une pression budgétaire et politique
La nouvelle équipe devra aussi superviser les dernières années de préparation de la Coupe du monde 2030, organisée conjointement avec l’Espagne et le Portugal. Reuters estime à environ 20 milliards de dollars les investissements marocains liés aux infrastructures et aux préparatifs du tournoi. Cette enveloppe représente plus de la moitié du montant du programme économique avancé par le PAM pendant la campagne, ce qui montre l’ampleur des arbitrages à venir.
Le gouvernement devra concilier ces grands projets avec les attentes sociales. Les investissements dans les transports, les stades et les équipements urbains peuvent stimuler l’activité et l’emploi, mais ils seront également comparés aux besoins dans les services publics, le logement et la protection du pouvoir d’achat.
Une première historique qui ouvre surtout une phase de négociation
Fatima Ezzahra El Mansouri arrive à cette fonction avec une expérience nationale et locale. Avocate de formation, elle a dirigé Marrakech et occupé le portefeuille de l’Habitat dans le gouvernement sortant. Quatre femmes siégeaient déjà dans le précédent cabinet, mais aucune n’avait encore dirigé l’exécutif marocain.
La portée symbolique de cette nomination est réelle. Mais les prochains jours seront surtout consacrés à la construction d’une majorité. La composition de la coalition sera déterminante. Elle fixera la marge de manœuvre de la future cheffe du gouvernement. Elle décidera aussi de la répartition des ministères entre les partis. De cet équilibre dépendra la capacité de l’exécutif à appliquer son programme. Après le scrutin du 23 septembre et la nomination du 29, une étape décisive s’annonce : la présentation de la nouvelle équipe gouvernementale.
Xolomo Tokpa


