À Kindia, les coupures répétées d’électricité rythment désormais le quotidien des habitants. Entre pertes économiques, nuits étouffantes et appareils électroménagers endommagés, la frustration gagne du terrain. Ce mercredi 18 février 2026, l’Électricité de Guinée (EDG) est sortie de son silence. En effet, elle a expliqué les raisons techniques de ces perturbations et annoncé des mesures correctives en cours.
Depuis plusieurs semaines, la « ville des agrumes » subit des délestages fréquents qui affectent particulièrement les activités génératrices de revenus dépendantes de la chaîne du froid. De plus, les femmes, nombreuses à transformer et conserver des produits alimentaires, figurent parmi les premières victimes.
Au quartier Condétta 3, Adama Barry décrit une situation devenue insoutenable :
« Nous sommes très inquiètes. Nous fabriquons des bonbons pour subvenir à nos besoins, mais avec les va-et-vient du courant, tout est détruit. La chaleur nous empêche même de dormir. Nous demandons aux autorités de nous aider à stabiliser l’électricité. »
Même constat pour Mabinty Soumah, qui évalue ses pertes à 300 000 francs guinéens après la détérioration de ses jus de gingembre :
« Nous travaillons avec des congélateurs vétustes. Le courant n’est pas stable. À chaque coupure, nous risquons de tout perdre. »
Au-delà des pertes financières, ces coupures aggravent la précarité de nombreux foyers et fragilisent un tissu économique local déjà vulnérable.
Interpellée par la grogne montante, l’EDG a apporté des explications par la voix d’Ibrahima Camara, responsable d’exploitation du Poste 110 de Kindia.
Selon lui, plusieurs facteurs techniques sont à l’origine des interruptions : défauts sur les lignes, surcharge du réseau et déséquilibre des phases. Cette situation entraîne des déclenchements automatiques des disjoncteurs.
« Quand le courant clignote, cela signifie qu’un essai de réalimentation a été effectué, mais qu’un relais de protection détecte encore une anomalie sur la ligne », explique-t-il.
Une partie des coupures relève de ces incidents involontaires liés à la sécurité des installations. Mais d’autres sont des délestages volontaires destinés à préserver le principal transformateur actuellement en service.
« Le transformateur de 15 MVA est aujourd’hui complètement saturé. Si nous ne délestons pas, il risque de brûler. Et dans ce cas, toute la ville serait plongée dans le noir total. Nous sommes contraints d’alimenter certains quartiers aujourd’hui, d’autres demain, en attendant une solution durable », précise le responsable.
L’EDG assure toutefois que la situation est transitoire. En effet, un renforcement significatif des capacités de transport et de distribution est en cours. L’arrivée imminente de transformateurs de 50 MVA, capables de doubler, voire tripler, la capacité actuelle, fait espérer une amélioration.
« Dès que la nouvelle travée sera raccordée, nous sortirons du délestage. Nous pourrons non seulement stabiliser l’alimentation de Kindia, mais aussi desservir les villages environnants », promet Ibrahima Camara.
Le poste 110 de Khaliakhory, inscrit dans le cadre du projet Garafiri, devait initialement répondre à une demande estimée à 3 mégawatts, avec un appui provisoire depuis Donkéa. Mais la croissance démographique et économique de la ville a largement dépassé ces prévisions. De ce fait, les infrastructures actuelles sont insuffisantes.
Conscient des difficultés rencontrées par les populations, le responsable d’exploitation appelle au calme et à la patience. Il assure que l’État a engagé d’importants efforts pour stabiliser durablement l’approvisionnement électrique.
En attendant la mise en service complète des nouvelles infrastructures, les habitants de Kindia continuent de s’adapter à un quotidien incertain. Ils oscillent entre espoir d’amélioration rapide et lassitude face aux coupures à répétition.
Facinet Soumah

