À Sinimoridou, sous-préfecture de Damaro, un seul enseignant porte toute l’école primaire. Il assure les cours de la première à la sixième année. L’établissement manque aussi de tables-bancs, d’eau et de clôture. Les habitants interviennent eux-mêmes pour maintenir l’école en fonctionnement.
Six programmes scolaires pour une seule personne
L’enseignant doit préparer six niveaux différents. Chaque classe possède pourtant son propre programme, ses exercices et ses objectifs d’apprentissage. Le temps pédagogique est donc fragmenté. Lorsqu’il travaille avec un niveau, les cinq autres groupes doivent attendre ou réaliser seuls leurs exercices.
Une organisation normale mobiliserait au moins un enseignant par classe. À Sinimoridou, une seule personne assume théoriquement le travail de six. Cette situation complique l’apprentissage de la lecture et du calcul. Les plus jeunes élèves ont précisément besoin d’un accompagnement régulier.
Les habitants fabriquent eux-mêmes les bancs
Le déficit ne concerne pas seulement le personnel. L’école dispose de trop peu de tables-bancs pour accueillir convenablement les enfants. Des habitants fabriquent le mobilier disponible. Leur intervention évite que certains élèves restent directement assis sur le sol.
L’établissement ne possède également aucun point d’eau. Cette absence complique l’hygiène des enfants et le nettoyage quotidien des locaux. Sans clôture, la cour reste exposée aux animaux et aux passages extérieurs. Le bâtiment abrite aussi la direction, ce qui réduit l’espace pédagogique.
Une pénurie nationale mal répartie
Le cas de Sinimoridou illustre les inégalités entre les zones urbaines et rurales. Le problème concerne autant le nombre que l’affectation des enseignants. Les syndicats ont évoqué une annonce gouvernementale portant sur le recrutement de 8 000 enseignants. Les contractuels communaux demandent d’être prioritaires.
Cependant, aucune procédure générale correspondant à cette annonce n’était officiellement ouverte lors des premières publications. La question reste donc politiquement sensible. Recruter ne suffira pas si les nouveaux agents restent concentrés dans les grandes villes. Le déploiement vers les écoles rurales doit être planifié.
Des mesures d’accompagnement pourraient faciliter ces affectations. Le logement, les primes rurales et la formation continue sont des leviers importants.
Des solutions simples peuvent déjà changer l’école
L’urgence consiste à envoyer plusieurs enseignants avant la rentrée effective. Il faut aussi fournir des tables-bancs et installer un point d’eau. La clôture peut ensuite protéger l’établissement et sécuriser les enfants. Ces investissements restent modestes face au coût d’une génération mal scolarisée.
Les autorités devraient également publier une cartographie des besoins par école. Elle permettrait de comparer les effectifs, les enseignants et les infrastructures disponibles. Un suivi public éviterait que les affectations répondent uniquement aux demandes individuelles. Les zones les plus déficitaires recevraient alors une priorité mesurable.
La communauté ne peut pas remplacer durablement l’État
Les habitants de Sinimoridou ont empêché la fermeture de leur école. Leur mobilisation témoigne d’un profond attachement à l’éducation. Mais une communauté rurale ne peut financer seule les enseignants, l’eau et les équipements. Ces services relèvent de la responsabilité publique.
Le cas de Sinimoridou offre donc un test concret. Les annonces nationales devront produire des changements visibles jusque dans les villages éloignés.
Xolomo Tokpa


