Le photographe marocain Hicham Benohoud sera présenté pour la première fois à Perth. Ses œuvres rejoignent une grande exposition consacrée aux artistes du Moyen-Orient, d’Afrique du Nord et de leurs diasporas.
L’exposition s’intitule No Night Is Long Enough for Us to Dream Twice. Elle ouvrira le 3 octobre 2026 à l’Art Gallery of Western Australia. Elle restera accessible gratuitement jusqu’au 31 janvier 2027.
Plus de 100 photographies et vidéos réalisées par neuf artistes composeront le parcours. Parmi eux figurent Hicham Benohoud et le Franco-Algérien Mohamed Bourouissa. Tous feront leurs débuts dans cette institution australienne.
Des artistes présentés comme des créateurs
L’exposition repose sur un principe clair. Les artistes ne doivent pas être réduits au rôle de représentants d’une région. Leurs images peuvent parler de politique, mais également d’intimité, de désir, d’humour et de liberté.
Cette approche rompt avec une habitude ancienne. Pendant plusieurs décennies, de nombreuses expositions occidentales consacrées au Maghreb ont privilégié la guerre, la migration ou les tensions religieuses. Les œuvres étaient souvent utilisées pour expliquer une crise avant d’être considérées pour leur langage artistique.
À Perth, les commissaires Dalia Al-Dujaili et Rachel Cieśla choisissent un autre point de départ. Elles réunissent les artistes autour de la pression sociale et émotionnelle. Elles s’intéressent aussi aux réponses créatives produites par cette pression.
Le rêve, l’absurde et le surréalisme deviennent ainsi des moyens d’échapper aux représentations attendues. L’exposition ne nie pas les réalités politiques. Elle refuse simplement d’en faire l’unique grille de lecture.
Hicham Benohoud, l’étrangeté du quotidien
Le travail de Hicham Benohoud correspond pleinement à cette orientation. Le photographe marocain construit des scènes où des corps ordinaires rencontrent des objets, des postures ou des espaces inattendus.
Ses images semblent familières au premier regard. Elles deviennent ensuite dérangeantes ou mystérieuses. Cette ambiguïté oblige le spectateur à ralentir et à abandonner ses premières certitudes.
Benohoud ne cherche donc pas seulement à documenter la société marocaine. Il transforme les contraintes sociales en expériences visuelles. Ses photographies montrent que l’art maghrébin peut interroger l’universel sans abandonner son contexte.
Mohamed Bourouissa apporte une autre perspective nord-africaine. Ses œuvres explorent notamment la marginalité, les rapports de pouvoir et les espaces urbains. Leur présence commune souligne la diversité des pratiques issues du Maghreb.
Une bibliothèque visuelle de plus de 30 ouvrages
L’exposition sera complétée par plus de 30 livres photographiques. Ils proviennent notamment d’Algérie, d’Égypte, du Maroc et de Tunisie. Cette sélection élargira le regard au-delà des neuf artistes exposés.
Le chiffre est significatif. Il permet de passer d’une succession de signatures individuelles à une véritable cartographie de la création régionale. Les visiteurs pourront comparer des récits, des générations et des méthodes de publication.
Cette ouverture en Australie révèle également une évolution géographique. Les artistes maghrébins ne circulent plus uniquement entre l’Afrique du Nord, Paris et Londres. Leur travail trouve désormais des espaces d’exposition jusqu’à Perth, ville tournée vers l’océan Indien.
Pour Hicham Benohoud, cette visibilité internationale ne signifie pas l’effacement de son identité marocaine. Elle lui permet plutôt de la présenter sans devoir illustrer un discours imposé. L’artiste devient enfin autre chose qu’un témoin de sa région : un créateur libre de troubler, de rêver et d’inventer.
Xolomo Tokpa


