Guinée/Stade du 28-Septembre : une inauguration le jour de la commémoration

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Deux événements se sont télescopés ce lundi 28 septembre à Conakry. Le stade du 28-Septembre a officiellement rouvert ses portes après rénovation. Le même jour marquait le 17e anniversaire du massacre commis dans cette enceinte en 2009. La coïncidence de calendrier n’a échappé à personne.

Dix-sept ans après le massacre du 28 septembre 2009, les victimes réclament toujours une justice complète. Le verdict historique de 2024 avait créé un espoir. Deux ans plus tard, les appels tardent et les réparations restent partielles.

La commémoration de 2026 ne se limite pas au souvenir. Elle intervient pendant une période critique pour le dossier judiciaire. Alexis Deswaef préside la Fédération internationale pour les droits humains. Il se trouve à Conakry pour rencontrer les victimes et les autorités. La FIDH, l’OGDH et l’AVIPA demandent la fixation rapide des audiences en appel. Elles réclament également un mécanisme d’indemnisation accessible à toutes les victimes reconnues.

Un massacre dont les chiffres restent dans les mémoires

Le 28 septembre 2009, des milliers de personnes s’étaient rassemblées au stade de Conakry. Elles contestaient une éventuelle candidature du chef de la junte, Moussa Dadis Camara. La répression avait fait au moins 156 morts, selon l’enquête internationale. Des dizaines de personnes restent portées disparues. Plus de 100 femmes avaient subi des viols ou d’autres violences sexuelles.

Près de 1 400 personnes avaient également été blessées. Derrière ces chiffres se trouvent des familles privées de proches et des survivants vivant encore avec de graves séquelles.

De l’espoir de 2024 aux incertitudes de 2026

Le procès avait commencé le 28 septembre 2022, treize ans après les faits. Le 31 juillet 2024, plusieurs anciens responsables avaient été reconnus coupables de crimes contre l’humanité. Moussa Dadis Camara avait été condamné à vingt ans de prison. Cette décision donnait à la Guinée un exemple rare de jugement national concernant des crimes internationaux.

Le bilan dressé par les organisations est sévère. Elles citent la grâce présidentielle accordée à Moussa Dadis Camara le 28 mars 2025. Elles mentionnent le décès en détention de Claude Pivi le 6 janvier 2026, puis d’Aboubacar Diakité dit Toumba le 25 mars 2026. Les organisations évoquent aussi l’annulation, le 23 février 2026, de procédures visant trois prévenus, ainsi que l’acquittement du colonel Bienvenu Lamah le 28 juillet, suivi de sa promotion au grade de général de brigade par décret du 3 août 2026. Me Alexis Deswaef, président de la FIDH, y voit de « mauvais signaux » adressés aux victimes.

Les parties civiles et le ministère public ont fait appel de certaines décisions. Cependant, aucun calendrier suffisamment lisible n’a encore rassuré les victimes.

Deux groupes de victimes face à un même droit

Le décret d’indemnisation de mars 2025 concernait d’abord 334 victimes reconnues par le jugement. En septembre 2026, environ 200 personnes auraient effectivement reçu un paiement. Plus de 400 autres parties civiles restent toutefois en dehors du dispositif. Cette différence nourrit une impression de justice à deux vitesses. Les critères de sélection et le calendrier des versements demeurent insuffisamment expliqués.

L’indemnisation ne remplace pas le procès. Elle peut néanmoins financer des soins, soutenir les familles et reconnaître officiellement les préjudices subis.

Deux mémoires pour un même lieu

Le stade du 28-Septembre porte désormais deux histoires. Celle du sport national, avec le retour attendu du Syli devant son public. Celle d’un crime de masse jugé mais dont les suites judiciaires inquiètent. Pour la diaspora guinéenne, la réussite de cette rénovation se mesurera aussi à la place réservée à cette mémoire.

Le Syli recevra le Kenya dans cette enceinte le 1er octobre.

La crédibilité de la justice guinéenne en jeu

Ce dossier sert de test au principe de complémentarité avec la Cour pénale internationale. La CPI laisse agir la justice nationale lorsque celle-ci mène réellement les procédures. La Guinée avait démontré en 2024 qu’elle pouvait juger d’anciens dirigeants. Elle doit maintenant montrer qu’un verdict ne constitue pas la fin du processus.

Les appels doivent être organisés, les indemnisations clarifiées et les autres responsabilités examinées. Sans ces étapes, le procès historique risque de devenir une promesse inachevée.

Dix-sept ans après les crimes, les victimes ne demandent plus seulement une commémoration annuelle. Elles veulent connaître la vérité, obtenir réparation et voir les décisions judiciaires aller jusqu’à leur terme.

Xolomo Tokpa

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