Le recrutement annoncé de 6 000 enseignants provoque un nouveau bras de fer en Guinée. Les syndicats menacent de perturber la rentrée scolaire prévue le 5 octobre 2026.
Le gouvernement veut organiser un concours pour renforcer les effectifs de l’enseignement. L’Intersyndicale ne rejette pas le principe du recrutement, mais conteste la méthode choisie. Elle demande d’abord l’intégration des contractuels communaux déjà recensés et évalués. Elle invoque le protocole d’accord signé avec le gouvernement le 3 janvier 2026.
Un désaccord sur 4 500 enseignants contractuels
En 2024, environ 14 500 enseignants contractuels communaux avaient été identifiés, biométrisés et évalués en classe. Dix mille avaient ensuite été retenus pour un engagement. Les 4 500 autres étaient restés en dehors du processus. Pourtant, selon les syndicats, seulement 60 d’entre eux n’avaient pas obtenu la moyenne.
Plus de 4 400 contractuels auraient donc obtenu au moins 10 sur 20. Certains auraient même reçu des notes comprises entre 12 et 18. Cette comparaison explique la colère actuelle. Pour les syndicats, ces enseignants ne devraient pas recommencer un concours qu’ils estiment avoir déjà réussi.
Le gouvernement privilégie toutefois un nouveau recrutement ouvert. Cette approche peut élargir la compétition, mais elle risque aussi d’écarter des enseignants déjà présents dans les classes.
Le protocole de janvier au cœur du conflit
L’Intersyndicale s’appuie particulièrement sur l’article 7 du protocole signé en janvier. Ce texte prévoirait une priorité pour les contractuels ayant obtenu la moyenne lors de l’évaluation précédente. Les représentants syndicaux interprètent le mot « engagement » comme une intégration directe. Ils refusent de l’assimiler à l’ouverture d’un nouveau concours.
Cette différence de lecture transforme une question administrative en crise sociale. Le gouvernement parle de recrutement, tandis que les syndicats parlent de respect d’un engagement antérieur. Un comité de suivi devait pourtant accompagner l’application du protocole. Les syndicats estiment que son existence n’a pas empêché la décision contestée.
Une rentrée prévue le 5 octobre
La proximité du calendrier augmente la pression. Moins de deux semaines séparaient l’annonce du conflit de la rentrée scolaire fixée au 5 octobre. Les établissements doivent préparer les emplois du temps, répartir les enseignants et accueillir les élèves. Une grève compliquerait ces opérations dès les premiers jours.
Les syndicats rappellent que leur précédent mouvement avait été suspendu, mais pas définitivement abandonné. Ils appellent les enseignants à rester mobilisés. Leurs revendications ne concernent pas seulement les 4 500 contractuels. Elles portent également sur des salaires gelés et des arriérés dus à certains enseignants.
Des responsables syndicaux affirment que plusieurs salaires sont bloqués depuis 2024. Deux années d’attente peuvent produire des conséquences graves pour les familles concernées.
Recruter sans stabiliser peut aggraver la pénurie
Le recrutement de 6 000 enseignants répond à un besoin réel. Toutefois, il ne garantit pas automatiquement une meilleure répartition du personnel sur le territoire. Les zones rurales rencontrent souvent davantage de difficultés pour retenir les enseignants. Les affectations, le logement et le paiement régulier des salaires resteront donc déterminants.
Intégrer des contractuels expérimentés peut préserver une partie des compétences existantes. Organiser un concours peut aussi attirer de nouveaux profils mieux qualifiés. Une solution pourrait combiner les deux approches. Le gouvernement pourrait respecter la priorité promise, puis utiliser les postes restants pour un concours transparent.
Le débat ne doit pas se réduire à 6 000 postes annoncés. La véritable question reste la présence d’enseignants formés, payés et motivés dans chaque école guinéenne. Sans compromis rapide, la rentrée risque de commencer sous la menace d’une grève. Les élèves paieraient alors le prix d’un désaccord accumulé depuis plusieurs années.
Xolomo Tokpa


