Guinée : l’analphabétisme frappe les plus vulnérables

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Le mardi 8 septembre 2026, la Guinée a célébré la Journée internationale de l’alphabétisation. Cette édition était placée sous le thème « L’alphabétisation des peuples, la planète et la prospérité ».

La ministre de l’Éducation nationale, Bintou Keita, a rappelé que savoir lire et comprendre ne constitue pas un privilège. Elle a présenté l’alphabétisation comme une question de dignité et de participation à la société.

Des progrès réels, mais encore insuffisants

Les données internationales disponibles montrent une amélioration. Le taux d’alphabétisation des adultes guinéens est passé d’environ 32 % en 2014 à 39,6 % en 2018. La progression atteint ainsi près de huit points en quatre ans.

Cependant, ce résultat signifie également qu’environ six adultes sur dix ne maîtrisaient toujours pas les compétences élémentaires de lecture et d’écriture. La dernière donnée comparable étant ancienne, l’absence de statistiques nationales récentes constitue elle-même un problème de pilotage.

Sans mesure régulière, il devient difficile d’identifier les préfectures en retard, d’évaluer les programmes ou de répartir les enseignants. Une campagne d’alphabétisation ne peut être jugée uniquement par le nombre de centres ouverts.

Les femmes supportent la plus grande inégalité

En 2018, le taux d’alphabétisation atteignait environ 54,4 % chez les hommes, contre seulement 27,7 % chez les femmes. L’écart dépassait donc 26 points de pourcentage. Une femme adulte avait presque deux fois moins de chances de savoir lire qu’un homme.

Cette fracture commence dès l’école. Selon l’UNESCO, 56 % des filles achevaient le primaire en 2021, contre 70 % des garçons. Les quatorze points d’écart se transforment ensuite en difficultés d’accès à la formation, à l’emploi et aux services numériques.

Bintou Keita a également cité les habitants des zones rurales, les jeunes déscolarisés et les personnes handicapées. Pour ces groupes, l’obstacle peut être géographique, financier, linguistique ou matériel.

Lire pour accéder aux nouveaux services

L’alphabétisation ne se limite plus à déchiffrer un texte imprimé. Un citoyen doit comprendre une ordonnance médicale, remplir un formulaire, utiliser un téléphone et reconnaître une information trompeuse.

La numérisation des démarches publiques renforce cette nécessité. Un service placé en ligne peut réduire les déplacements. Mais il peut aussi exclure les personnes incapables de lire les instructions ou d’utiliser une interface numérique.

La ministre souhaite relier cette ambition à Simandou Academy, volet consacré au capital humain dans le programme Simandou 2040. Le lien avec l’emploi devra être concret. Les formations minières et techniques resteront difficiles d’accès sans maîtrise préalable de la lecture et du calcul.

Passer du discours à des objectifs mesurables

La Guinée pourrait fixer des cibles différenciées pour les femmes, les campagnes et les jeunes sortis de l’école. Les cours devraient être disponibles dans les langues comprises localement, avec des horaires compatibles avec le travail et les responsabilités familiales.

Chaque programme devrait publier trois résultats : le nombre d’inscrits, le nombre de participants ayant terminé et leurs compétences mesurées. Passer de 32 % à 39,6 % représentait une avancée. Le prochain progrès devra être plus rapide et surtout réduire l’écart entre femmes et hommes.

La Journée du 8 septembre rappelle ainsi une urgence durable. Donner accès au savoir ne relève pas seulement de l’éducation. C’est aussi permettre à davantage de Guinéens de protéger leurs droits, leurs revenus et leur place dans la transformation du pays.

Xolomo Tokpa

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