La Guinée veut atteindre l’autosuffisance en riz dans les cinq prochaines années. L’objectif a été rappelé à Conakry le 30 septembre 2026. Il s’inscrit dans une ambition plus large d’autonomie alimentaire à l’horizon 2040. Le gouvernement veut accélérer la transformation du secteur agricole.
Le ministre Félix Lamah a présenté plusieurs leviers pour atteindre cet objectif. Ils concernent notamment les semences, l’irrigation et la recherche agronomique. Le désenclavement des bassins de production figure aussi parmi les priorités. Le stockage et la transformation doivent également être renforcés.
Plus de 1,17 million de ménages agricoles concernés
L’importance du secteur apparaît clairement dans les dernières statistiques disponibles. L’ANASA a identifié 1 172 574 ménages agricoles en 2025-2026. Ces ménages représentent environ 8,34 millions de personnes. L’agriculture reste donc directement liée à une grande partie de la population.
L’enquête a été menée dans les 33 préfectures du pays. Près de 230 enquêteurs ont participé au travail pendant six mois. Les données ont ensuite été validées par l’Institut national de la statistique. Elles constituent désormais une base importante pour la planification agricole.
Un programme agricole annoncé à plus de 18 milliards de dollars
Le pilier agricole de Simandou 2040 prévoit plus de 18 milliards de dollars d’investissements. Cette enveloppe couvre plusieurs projets et réformes sur quinze ans. Les autorités annoncent une contribution publique de 30 %. Le secteur privé devrait fournir les 70 % restants.
Le programme prévoit aussi la structuration de 5 000 coopératives agricoles. Une centaine d’agrégateurs doivent accompagner les filières. Des centres de collecte et de stockage sont également programmés. L’objectif est de mieux connecter les producteurs aux marchés.
L’irrigation et les routes rurales au cœur du défi
La Guinée dispose d’un potentiel agricole important. Les autorités évoquent 13,7 millions d’hectares de terres arables. Pourtant, une partie importante de ce potentiel reste sous-exploitée. Les difficultés d’accès et d’irrigation limitent encore la productivité.
Le programme prévoit plus de 20 000 kilomètres de pistes rurales nouvelles ou réhabilitées. Ces infrastructures doivent faciliter le transport des récoltes. Elles peuvent aussi réduire les pertes après récolte. Le stockage reste également essentiel pour stabiliser l’approvisionnement.
Le riz devient le premier test de la stratégie
Le choix du riz comme objectif à cinq ans n’est pas anodin. Cette céréale occupe une place centrale dans l’alimentation guinéenne. Réduire les importations pourrait améliorer la sécurité alimentaire. Cela pourrait aussi limiter l’exposition aux variations des prix internationaux.
Mais l’autosuffisance dépendra de plusieurs facteurs simultanés. Les rendements devront augmenter durablement. Les producteurs auront aussi besoin d’intrants et de financement. La transformation locale devra suivre la hausse éventuelle de la production.
2040 reste une ambition de long terme
L’autosuffisance alimentaire complète constitue un objectif beaucoup plus large. Elle concerne plusieurs filières au-delà du riz. Les fruits, racines, tubercules et produits transformés doivent également progresser. La formation récente avec des experts chinois s’inscrit dans cette logique.
Les chiffres annoncés montrent donc une ambition considérable. Ils ne garantissent pas encore les résultats. Le véritable test sera l’exécution des projets sur plusieurs années. La progression de la production nationale permettra alors de mesurer l’écart entre objectifs et réalisations. Les volumes de riz importés seront également un indicateur essentiel. Une baisse durable montrerait que la production locale gagne réellement du terrain. Les prix sur les marchés locaux devront aussi être suivis. Une production plus forte n’aura d’impact que si elle améliore réellement l’accès des ménages aux aliments.
Xolomo Tokpa


