Guinée : 4 500 enseignants contractuels mettent le gouvernement en garde

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À l’approche de la rentrée, le collectif des enseignants contractuels communaux non retenus exige une intégration directe dans la fonction publique. Il refuse un nouveau concours et demande que ses membres soient prioritaires dans le recrutement de plus de 8 000 enseignants annoncé par le gouvernement.

Deux chiffres au cœur du désaccord

Le conflit oppose moins la nécessité de recruter que la méthode. Dans un entretien publié le 10 septembre 2026 par Guinee360, le porte-parole du collectif, Djaka Sow, évalue à 4 500 le nombre de contractuels communaux non retenus. Il affirme parallèlement que l’État envisage de recruter plus de 8 000 enseignants.

Les deux groupes ne sont pas automatiquement interchangeables. Le gouvernement peut vouloir répartir de nouveaux postes par matière, niveau et localité. Parallèlement, le collectif défend l’expérience déjà acquise dans les classes. En l’absence d’un avis officiel détaillant les postes et les critères, le chiffre de 8 000 reste une annonce générale. De plus, celui de 4 500 demeure l’estimation portée par le collectif.

La comparaison éclaire néanmoins l’enjeu : 4 500 personnes représentent environ 56 % d’un recrutement de 8 000 agents. Les intégrer toutes absorberait donc plus de la moitié des postes envisagés. Djaka Sow avance aussi un déficit national supérieur à 18 000 enseignants. Si cette estimation est confirmée, 8 000 recrutements ne couvriraient qu’environ 44 % du manque.

Expérience de classe contre nouveau concours

Le collectif refuse de recommencer une procédure de sélection. Son argument est que les inspecteurs ont déjà évalué les contractuels en pratique de classe et que leurs notes seraient disponibles dans les Directions préfectorales de l’éducation. Il réclame donc l’examen des dossiers existants. Par conséquent, il demande la signature des actes d’engagement avant l’ouverture des classes.

Cette position s’appuie, selon le porte-parole, sur le point 7 du protocole conclu le 3 janvier entre le gouvernement et l’intersyndicale. Ce point prévoirait l’examen de la liste des non-retenus par une commission associant la Fonction publique et le département de l’Éducation. Le texte complet et le compte rendu d’exécution devraient être rendus publics. Cela permettrait de déterminer précisément ce qui a été promis.

Du côté de l’État, un concours peut servir à garantir des critères identiques, vérifier les qualifications et affecter les lauréats selon les besoins. Mais appliquer exactement la même épreuve à des enseignants qui exercent depuis plusieurs années poserait la question de la reconnaissance de leur expérience. Une solution pourrait combiner contrôle des diplômes, résultats de pratique de classe et besoins géographiques. Cependant, cela n’est possible qu’à condition que les règles soient annoncées avant la sélection.

À Lélouma, les communautés ont déjà payé le déficit

Un exemple récent montre que la pénurie a un coût hors du budget central. Le 2 septembre, l’Agence guinéenne de presse a rapporté que les communautés de Lélouma avaient déboursé 5,27 milliards de GNF en 2026 pour rémunérer des enseignants contractuels du primaire et du secondaire. Elles l’ont fait faute de personnel.

À titre d’échelle, ce montant est plus de onze fois supérieur aux 461,5 millions de GNF du budget primitif cité lors du même conseil administratif. Les deux enveloppes n’ont pas le même périmètre comptable — les 5,27 milliards concernent plusieurs communautés — mais l’écart montre le poids transféré aux familles et aux collectivités. Cela se produit quand les postes publics restent vacants.

Autre évolution révélatrice : les contractuels disent attendre depuis trois ou quatre ans. Un mécanisme conçu pour répondre temporairement au manque d’enseignants est donc devenu, pour certains, une situation professionnelle durable. Ils sont désormais sans statut stabilisé.

Une rentrée qui exige un calendrier vérifiable

Le collectif affirme que ses représentants dans les 33 préfectures pourraient se mobiliser et prévient que la rentrée risque de se dérouler sous tension. Il faut présenter cette déclaration comme un avertissement syndical. Cependant, il ne faut pas y voir la confirmation d’une grève déjà décidée.

Pour désamorcer la crise, le gouvernement devra publier le nombre exact de postes, leur répartition, les critères de priorité et le calendrier. Il devra aussi préciser le sort des 4 500 dossiers revendiqués. Enfin, il devra indiquer le coût budgétaire d’une éventuelle intégration.

L’enjeu dépasse l’emploi des contractuels. Une classe ouverte sans enseignant titulaire dépend encore des contributions locales. Un recrutement mal expliqué risque, lui, de produire de nouvelles contestations. La rentrée donnera un premier indicateur concret : combien d’enseignants seront effectivement devant les élèves, et dans quelles localités ?

Xolomo Tokpa

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