Le Premier ministre Amadou Oury Bah a ouvert la deuxième revue annuelle 2026 des établissements publics administratifs et de santé. Après neuf années sans exercice comparable, l’État dispose d’un nouveau diagnostic sur 119 structures et plus de 13 000 agents. Il veut désormais passer du recensement à la performance.
Neuf années entre deux photographies de l’État
La revue organisée le jeudi 10 septembre 2026 par le ministère de l’Économie, des Finances et du Budget porte sur les Établissements publics administratifs (EPA) et les Établissements publics de santé (EPS). Son thème relie directement leur gouvernance aux ambitions du programme Simandou 2040.
La comparaison historique mesure le retard accumulé. Selon la directrice générale du patrimoine de l’État et des investissements privés, Djénabou Diallo, le précédent exercice remontait à 2017. Il a donc fallu attendre neuf ans pour reconstruire une vision consolidée du portefeuille public.
Cette interruption a une conséquence pratique : sans inventaire actualisé, l’État connaît mal la gouvernance, les effectifs, la situation financière et les risques de structures qu’il finance. En conséquence, la reprise de la revue crée une base de référence. Cependant, elle ne constitue pas encore une amélioration des services.
119 structures sur 151 ont été analysées
Le périmètre fiabilisé compte 151 établissements publics. La ministre Mariama Ciré Sylla indique que 119 ont été analysés, soit environ 78,8 % du portefeuille. De plus, ils emploient plus de 13 000 agents.
Le chiffre de 119, répété ensuite par la ministre, est le seul cohérent : 119 divisé par 151 donne bien près de 79 %. Il reste donc 32 établissements, soit un peu plus d’un cinquième du portefeuille. Ceux-ci ne figurent pas encore dans l’échantillon analysé.
Rapporté aux seules structures étudiées, l’effectif moyen dépasse 109 agents par établissement. Certes, cette moyenne ne décrit pas les fortes différences entre un hôpital national et une petite agence administrative. Toutefois, elle donne l’échelle humaine du contrôle engagé.
Environ 3 000 milliards de GNF à suivre
Amadou Oury Bah a placé le débat sur le terrain budgétaire. Il a évoqué environ 6 000 milliards de GNF de transferts, dont une moitié destinée au secteur énergétique et l’autre aux EPA et EPS. En conséquence, si la répartition est exactement égale, l’enveloppe suivie pour les établissements publics avoisine donc 3 000 milliards de GNF.
Le changement attendu est clair. Jusqu’ici, l’attention pouvait se concentrer sur le montant versé et le respect des procédures. Toutefois, à partir du 1er janvier 2027, le gouvernement veut faire entrer les ministères et les établissements dans une logique de budget-programme. Chaque dépense doit être reliée à un objectif et à un résultat mesurable.
Pour un EPS, cela peut signifier publier le nombre de consultations, le délai d’attente, la disponibilité des médicaments ou le coût moyen d’un acte. En revanche, pour un EPA, les indicateurs peuvent porter sur les dossiers traités, le délai de délivrance d’un service, les recettes propres ou l’exécution du budget. Cependant, sans objectifs chiffrés, le mot « performance » restera abstrait.
Simandou 2040 ne doit pas devenir une simple étiquette
Le programme Simandou 2040 ambitionne une transformation de l’économie et des services publics sur quinze ans, dans 14 secteurs prioritaires. En effet, lier la revue à cette stratégie est cohérent. Les futurs revenus miniers et investissements ne produiront des effets durables que si les institutions savent planifier, exécuter et rendre compte.
Mais le lien doit être démontré. Ainsi, chaque établissement devrait indiquer l’objectif de Simandou 2040 auquel il contribue, les ressources reçues, la cible annuelle et le résultat obtenu. De plus, une agence qui reçoit davantage de crédits sans améliorer son service ne peut pas être considérée comme performante au seul motif qu’elle se réclame du programme.
Les prochaines étapes seront plus importantes que la revue
Le diagnostic apporte enfin des nombres là où l’État ne disposait plus d’une photographie consolidée depuis 2017. La priorité est maintenant d’achever l’analyse des 32 structures restantes, puis de publier des fiches comparables et accessibles.
Le gouvernement devra aussi préciser les anomalies relevées, les mesures correctives, les responsables et les échéances. De plus, une troisième revue n’aura de valeur que si elle montre l’évolution entre 2026 et 2027. Il faut constater des dépenses mieux exécutées, des conseils d’administration fonctionnels, des rapports financiers produits à temps et des services améliorés.
La revue du 10 septembre marque donc un redémarrage utile. Son succès ne sera pas jugé au nombre de participants. Au contraire, il sera jugé à la capacité des 151 établissements à transformer environ 3 000 milliards de GNF en résultats visibles pour les citoyens.
Xolomo Tokpa


