Un virus sans vaccin. Une zone de guerre. Une aide internationale fragilisée. Depuis mai 2026, l’est de la République démocratique du Congo affronte une nouvelle épidémie d’Ebola. Cette fois, la souche Bundibugyo — rare, mal connue, non couverte par les vaccins existants — est à l’œuvre.
Une souche qui échappe aux outils disponibles
Le 17 mai 2026, l’OMS a déclaré une urgence de santé publique de portée internationale. L’épidémie frappe la province d’Ituri, dans le nord-est de la RDC. Elle a déjà atteint le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et Kampala, la capitale ougandaise. Au 1er juin, l’OMS recensait 349 cas suspects sous surveillance, après 282 cas confirmés et 42 décès.
La souche Bundibugyo est au cœur du problème. Contrairement à la souche Zaïre — responsable des précédentes épidémies majeures — elle ne dispose d’aucun vaccin ni traitement homologué. Les outils qui ont permis de maîtriser les flambées de 2018–2020 dans l’est du Congo sont ici inopérants. Les équipes de santé travaillent sans filet.
Un plan de riposte à 518 millions de dollars
Le 5 juin 2026, l’OMS et l’Africa CDC ont lancé un plan conjoint de riposte de six mois. L’appel à financement s’élève à 518 millions de dollars. L’objectif : enrayer la propagation, renforcer la surveillance aux frontières et accélérer la recherche sur des traitements adaptés à la souche Bundibugyo.
Mais le contexte fragilise tout. L’Ituri et le Nord-Kivu sont des zones de conflit actif. Les groupes armés entravent l’accès humanitaire. Les équipes de santé font face à des populations déplacées, des routes coupées et une méfiance persistante envers les structures médicales. La recomposition de l’aide américaine depuis début 2025 a, par ailleurs, réduit les capacités de réponse rapide sur le terrain.
Le risque régional pris au sérieux
L’OMS a identifié dix pays africains à risque de cas importés. L’Ouganda, qui partage une frontière poreuse avec l’Ituri, a déjà confirmé deux cas à Kampala — dont un décès. Les autorités kényanes, rwandaises et tanzaniennes ont renforcé leur surveillance épidémiologique aux points d’entrée.
L’Africa CDC a activé son Centre d’opérations d’urgence. Des équipes mobiles ont été déployées dans les zones sanitaires de Bunia, Rwampara et Mongbwalu. La priorité est au traçage des contacts et à l’isolement rapide des cas confirmés, en l’absence de tout outil vaccinal.
Un test pour l’architecture sanitaire africaine
Cette épidémie arrive à un moment charnière. L’Africa CDC, créé en 2017, a progressivement renforcé ses capacités de réponse autonome. La crise Covid-19 avait mis en lumière la dépendance du continent aux chaînes d’approvisionnement extérieures. Cette fois, c’est l’absence de vaccin — et non sa seule disponibilité — qui expose l’Afrique.
La recherche sur les thérapeutiques contre Ebola Bundibugyo est marginale. Les grandes épidémies passées impliquaient la souche Zaïre, sur laquelle les investissements scientifiques se sont concentrés. Le financement de la recherche sur les souches rares reste une angle mort des partenariats internationaux en santé globale.
Quand l’Afrique sera-t-elle en mesure de financer, produire et déployer ses propres vaccins contre les souches endémiques qui la frappent en priorité ?
Xolomo Tokpa

