Une université peut honorer la mémoire politique. Elle peut aussi fabriquer du prestige. À Brazzaville, la distinction de trois anciens chefs d’État africains ouvre donc un débat plus large.
Trois anciens présidents dans un même symbole
L’Université Denis-Sassou-N’Guesso a élevé Macky Sall, Mahamadou Issoufou et Umaro Sissoco Embaló au rang de Docteurs Honoris causa. La cérémonie s’est tenue le 13 août 2026, à Kintélé, en présence du président congolais Denis Sassou N’Guesso.
Le choix n’est pas anodin. Les trois anciens dirigeants viennent d’Afrique de l’Ouest. Ils incarnent chacun une trajectoire politique différente. Leur présence commune donne à la cérémonie une forte dimension panafricaine.
Une reconnaissance académique ou diplomatique ?
Le Doctorat Honoris causa reste une distinction universitaire. Il récompense un parcours, une contribution ou une influence jugée importante. Dans ce cas, l’université met en avant des figures ayant marqué leurs pays et le continent.
Mais cette reconnaissance dépasse vite le cadre académique. Elle devient aussi un acte diplomatique. En honorant d’anciens présidents, Brazzaville parle aux États, aux réseaux politiques et aux mémoires nationales.
Le prestige des anciens dirigeants
L’Afrique sait parfois marginaliser ses anciens chefs d’État. Elle sait aussi les célébrer fortement, surtout lorsqu’ils restent utiles dans les équilibres régionaux.
Macky Sall, Mahamadou Issoufou et Umaro Sissoco Embaló ne sont pas seulement des anciens présidents. Ils restent des acteurs de relations, d’influence et de médiation. Leur image continue de circuler au-delà de leurs mandats.
Le risque d’une réhabilitation sans débat
La question sensible est là. Une distinction peut reconnaître un bilan. Mais elle peut aussi lisser les controverses, réduire les critiques et transformer l’histoire politique en hommage officiel.
Un ancien dirigeant n’est jamais seulement une figure honorifique. Il porte aussi des décisions, des tensions, des réussites et des zones d’ombre. Le rôle de l’université devrait être d’éclairer tout cela, pas de l’effacer.
L’université comme scène panafricaine
L’UDSN se présente comme une institution panafricaine tournée vers le développement. En accueillant cette cérémonie, elle affirme une ambition continentale. Elle veut devenir un lieu de savoir, mais aussi un lieu de mémoire politique.
Cette ambition peut être utile si elle ouvre un vrai débat public. Elle devient fragile si elle sert seulement à sacraliser les puissants d’hier.
Conclusion
La cérémonie de Brazzaville montre que l’Afrique cherche encore comment traiter ses anciens dirigeants. Faut-il les honorer, les juger, les écouter ou les étudier ? La bonne réponse est peut-être de ne jamais séparer reconnaissance et exigence critique.
Car une université ne devrait pas seulement distribuer des titres. Elle devrait aussi poser les questions que le pouvoir évite.
Xolomo Tokpa


