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lundi 9 février 2026

Bénin : un Parlement sans opposition pour sept ans, le pouvoir verrouille l’Assemblée nationale

Le Bénin entre dans une nouvelle phase politique marquée par un Parlement entièrement contrôlé par le pouvoir. Les 109 députés de la nouvelle législature ont officiellement pris fonction pour un mandat exceptionnel de sept ans. Une durée inhabituelle qui s’inscrit dans les réformes institutionnelles engagées ces dernières années. Mais ce qui frappe surtout, c’est l’absence totale de l’opposition au sein de l’Assemblée nationale.

Pour la première fois dans l’histoire politique récente du pays, aucun parti opposé au gouvernement ne siège dans l’hémicycle de la Assemblée nationale du Bénin. Tous les députés appartiennent à des formations proches du pouvoir. Cette situation consacre une domination politique sans partage du camp présidentiel.

Depuis son arrivée à la tête de l’État, Patrice Talon a engagé une profonde refonte du système partisan. Les nouvelles lois électorales ont réduit drastiquement le nombre de partis autorisés à concourir. Les conditions financières sont lourdes. Les procédures administratives sont devenues plus strictes. Dans les faits, de nombreuses formations d’opposition sont à la touche du jeu politique.

Lors des dernières élections législatives, seuls deux grands blocs favorables au pouvoir ont pu présenter des candidats valides. Les partis critiques du régime ont vu leurs listes rejetées ou n’ont pas réussi à remplir les nouvelles exigences légales. Le résultat est sans appel. Un Parlement monocolore. Sans voix dissidente. Sans véritable débat contradictoire.

Le mandat de sept ans accordé aux députés s’explique officiellement par la volonté d’harmoniser le calendrier électoral et de stabiliser les institutions. Le pouvoir affirme vouloir mettre fin aux cycles électoraux permanents et offrir une meilleure continuité de l’action publique. Mais pour de nombreux observateurs, cette prolongation sert surtout à consolider durablement l’emprise du régime sur l’appareil législatif.

Avec une Assemblée totalement acquise au pouvoir, l’exécutif dispose désormais d’un levier politique sans précédent. L’adoption des lois se fait sans résistance. Et aussi pas d’obstacle pour le vote des réformes constitutionnelles. Le contrôle parlementaire du gouvernement devient largement symbolique. Les mécanismes classiques de contre-pouvoir sont très faibles.

Cette évolution suscite de fortes inquiétudes parmi les organisations de la société civile et plusieurs observateurs internationaux. Beaucoup dénoncent une régression démocratique progressive. Le pluralisme politique, autrefois considéré comme l’un des points forts du Bénin en Afrique de l’Ouest, semble aujourd’hui sérieusement fragilisé.

Certains analystes parlent même d’une transformation silencieuse du système politique. Les élections continuent d’exister. Les institutions fonctionnent. Mais la compétition démocratique réelle se réduit fortement. Le pouvoir s’exerce de plus en plus sans opposition structurée.

Dans ce nouveau contexte, le Parlement ne joue plus son rôle traditionnel d’espace de confrontation d’idées. Il devient essentiellement une chambre d’enregistrement des décisions gouvernementales. Une situation qui concentre davantage l’autorité entre les mains de l’exécutif.

Pour de nombreux citoyens, cette configuration soulève une question fondamentale. Peut-on encore parler de démocratie pluraliste lorsque un seul camp politique controle toutes les institutions ?

Le Bénin, longtemps cité comme modèle de stabilité démocratique dans la région, se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. Les sept prochaines années seront déterminantes pour l’avenir de ses libertés politiques et de son équilibre institutionnel.

Xolomo Tokpa

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