La récente décision des États-Unis de prolonger l’AGOA d’une seule année a été accueillie avec soulagement par plusieurs capitales africaines. Elle évite une rupture immédiate de l’accès préférentiel au marché américain pour de nombreux produits africains. Mais cette prolongation limitée met surtout en évidence une fragilité structurelle qui pèse sur les stratégies économiques du continent.
Un répit temporaire pour les exportateurs africains
L’AGOA, en vigueur depuis 2000, permet à plusieurs pays d’Afrique subsaharienne d’exporter vers les États-Unis sans droits de douane sur des milliers de produits. Textile, agroalimentaire, minerais transformés ou encore composants industriels ont largement bénéficié de ce dispositif. Dans certains pays, des secteurs entiers se sont développés autour de cet accès privilégié.
La prolongation annoncée pour une seule année permet de préserver ces flux commerciaux à court terme. Elle rassure temporairement les entreprises et évite des pertes immédiates d’emplois. Pour les gouvernements africains, il s’agit d’un minimum vital qui empêche un choc brutal sur leurs exportations.
Une incertitude qui bloque les investissements
Mais cette extension d’un an seulement entretient une incertitude profonde. Les investisseurs, qu’ils soient locaux ou étrangers, hésitent à engager des capitaux dans des projets industriels dépendants d’un cadre commercial aussi instable. Sans visibilité à moyen terme, il devient difficile de signer des contrats durables, de développer des chaînes de valeur ou de planifier une montée en gamme industrielle.
Cette situation enferme de nombreuses économies africaines dans une logique de court terme. Les entreprises exportent, mais investissent peu. Les États bénéficient de recettes, mais peinent à transformer ces gains en développement industriel durable. L’AGOA, conçue comme un levier de croissance, devient ainsi une source de dépendance.
Un signal politique envoyé par Washington
La prolongation limitée reflète aussi l’évolution de la politique commerciale américaine. À Washington, l’AGOA est de plus en plus perçue comme un outil à renégocier, voire à conditionner davantage. Les autorités américaines souhaitent en tirer plus d’avantages directs pour leurs propres entreprises, ce qui transforme progressivement l’accord en instrument de rapport de force.
Pour l’Afrique, ce signal est clair : l’accès au marché américain dépend désormais fortement des priorités politiques internes aux États-Unis. Cette dépendance expose les économies africaines à des décisions qu’elles ne maîtrisent pas.
Vers une remise en question stratégique
Cette incertitude relance le débat sur la nécessité de diversifier les partenariats commerciaux du continent. Le développement du commerce intra-africain, notamment à travers la Zone de libre-échange continentale africaine, apparaît comme une alternative stratégique. Transformer davantage les matières premières localement et élargir les débouchés régionaux permettrait de réduire la vulnérabilité face aux décisions extérieures.
Conclusion
La prolongation de l’AGOA offre un sursis, mais pas une solution durable. Elle souligne les limites d’un modèle de développement trop dépendant d’accords unilatéraux et instables. Pour sortir du piège du court terme, l’Afrique devra bâtir des stratégies commerciales plus autonomes, capables de résister aux aléas politiques internationaux.
Xolomo Tokpa

