À 26 ans, Sphumelele Zondi remporte l’un des principaux concours sud-africains consacrés aux artistes émergents. Son installation transforme des vêtements en archives de la mémoire collective.
L’artiste sud-africaine a remporté le Sasol New Signatures Visual Arts Competition 2026. L’annonce officielle a été faite le 9 septembre à Pretoria. L’exposition des finalistes reste ouverte au Pretoria Art Museum depuis le 11 septembre.
Intitulée The Laundry of a Nation, son œuvre associe sculpture et techniques mixtes. Elle utilise du carton, du papier et des emballages récupérés. Ces matériaux deviennent des vêtements miniatures, façonnés comme les fragments d’une histoire nationale.
Des objets ordinaires chargés d’histoire
Dans de nombreux foyers sud-africains, les vêtements dépassent leur fonction première. Ils circulent entre enfants, voisins, écoles, travailleurs et communautés religieuses. Chaque passage ajoute une nouvelle histoire à l’objet. Zondi mobilise cette réalité pour parler du travail, de la survie et des différences sociales. Le linge devient ainsi un témoin silencieux. Il conserve les marques d’une famille, mais aussi celles d’une société profondément inégale.
Le choix du carton renforce cette lecture. Ce matériau évoque la fragilité, la récupération et l’économie du quotidien. Il permet également de transformer un déchet banal en objet digne d’un musée.
Une première participation couronnée par le premier prix
Cette victoire est d’autant plus remarquable que Zondi participait au concours pour la première fois. Elle recevra 100 000 rands. Elle bénéficiera aussi d’une exposition personnelle au Pretoria Art Museum en 2027. Le concours a reçu 938 œuvres dans huit points de collecte du pays. Seulement 123 créations ont atteint la dernière étape. Environ 13 % des candidatures ont donc été retenues pour l’exposition finale.
Le deuxième prix, attribué à Sive Ntombana, atteint 25 000 rands. La récompense de Zondi représente quatre fois cette somme. Cet écart souligne la portée professionnelle accordée au premier prix.
Née dans le KwaZulu-Natal, l’artiste vit aujourd’hui à Johannesburg. Elle possède un diplôme en arts visuels de l’Université du KwaZulu-Natal. Elle a également suivi une formation supérieure en beaux-arts à l’Université de technologie de Durban.
La jeunesse sud-africaine face aux héritages du passé
L’installation interroge surtout ce que les jeunes reçoivent des générations précédentes. Il ne s’agit pas seulement de vêtements. Ils héritent aussi de souvenirs, d’inégalités et de récits parfois difficiles à porter. Plus de trois décennies après la fin officielle de l’apartheid, ces héritages restent visibles. Ils apparaissent dans le logement, l’emploi et l’accès aux opportunités. Zondi les ramène à l’échelle intime d’un vêtement transmis.
Cette approche distingue l’œuvre d’un simple discours politique. L’artiste ne présente ni graphique ni slogan. Elle donne à voir des objets familiers, puis laisse le public reconnaître les réalités qu’ils transportent. Le Sasol New Signatures accompagne les artistes émergents depuis plusieurs décennies. Sasol sponsorise le concours depuis 36 ans. Cette longévité contraste avec la jeunesse de Zondi et des nombreux candidats retenus cette année.
L’exposition réunit les 123 œuvres finalistes jusqu’au 8 novembre 2026. Le public peut donc confronter plusieurs regards sur l’Afrique du Sud contemporaine. Au centre de cet ensemble, le linge de Zondi devient une mémoire nationale miniature.
Xolomo Tokpa


