À 82 ans, dont près de quarante passés à la tête de l’État, Denis Sassou Nguesso s’apprête une nouvelle fois à briguer la magistrature suprême en République du Congo. En conséquence, cette élection relance le débat autour d’un Denis Sassou Nguesso nouveau mandat dans le pays.
Un parcours politique exceptionnel par sa longévité, mais aussi lourd de controverses. En effet, ce parcours se déroule dans un pays où le recul démocratique et la pauvreté persistante contrastent avec l’abondance des ressources naturelles.
Un parcours forgé dans l’armée et les coups de force politiques
Ancien officier formé dans les académies militaires du bloc soviétique, Denis Sassou Nguesso s’impose sur la scène congolaise. Ceci survient à la faveur des bouleversements politiques des années 1970.
👉 Il prend le pouvoir une première fois en 1979, à l’issue de luttes internes au sommet de l’État
👉 Il dirige le pays pendant plus d’une décennie sous un régime à parti unique
👉 Battu lors des premières élections pluralistes en 1992, il revient au pouvoir en 1997 après une guerre civile sanglante
Depuis ce retour, il n’a plus quitté la présidence. En effet, il consolide progressivement son autorité par des révisions constitutionnelles et des scrutins régulièrement contestés.
La réforme de 2015, supprimant notamment la limite d’âge et réinitialisant les mandats, lui a ouvert la voie à une présidence pratiquement sans échéance.
Une démocratie progressivement étouffée
Au fil des années, l’espace politique s’est considérablement rétréci :
- opposition marginalisée ou poursuivie
- médias soumis à des pressions croissantes
- élections entachées d’accusations de fraude
Les organisations de défense des droits humains dénoncent un pouvoir hypercentralisé. De plus, dans ce système, la contestation est souvent dissuadée par l’intimidation ou la répression judiciaire.
Pour ses partisans, Sassou Nguesso garantit la stabilité.
Pour ses opposants, il incarne la confiscation durable du pouvoir.
Des richesses pétrolières… et une pauvreté persistante
La République du Congo figure parmi les pays producteurs de pétrole d’Afrique centrale. Pourtant, une grande partie de la population continue de vivre dans la précarité.
Une réalité économique contrastée :
- forte dépendance aux revenus pétroliers
- endettement public élevé
- chômage massif des jeunes
- services sociaux insuffisants
Malgré des décennies de gouvernance, la promesse d’un développement inclusif reste largement inaboutie.
Les ennuis judiciaires en France : l’ombre des “biens mal acquis”
Au-delà du terrain politique, Denis Sassou Nguesso et son entourage ont été rattrapés par plusieurs affaires judiciaires en France. En effet, cela se passe dans le cadre des enquêtes dites des “biens mal acquis”.
Ces procédures portent sur :
- des soupçons de détournement de fonds publics
- l’acquisition de luxueuses propriétés immobilières à Paris et sur la Côte d’Azur
- des patrimoines jugés disproportionnés par rapport aux revenus officiels
Plusieurs membres de sa famille, notamment son fils Denis Christel Sassou Nguesso, ont été mis en cause dans ces dossiers instruits par la justice française.
Même si le président congolais bénéficie de l’immunité en tant que chef d’État en exercice, ces affaires ont durablement terni son image à l’international. Par ailleurs, elles ont renforcé les accusations de corruption systémique au sommet du pouvoir.
Pourquoi viser encore un nouveau mandat ?
À un âge aussi avancé, la volonté de prolonger son règne interroge :
👉 crainte d’une alternance pouvant exposer son clan politique
👉 volonté de contrôler la succession
👉 maintien d’un système bâti autour de sa personne
Pour de nombreux observateurs, cette candidature illustre la difficulté des régimes personnalisés africains à organiser des transitions pacifiques.
Entre stabilité affichée et blocage politique
Ses soutiens mettent en avant :
✔ la fin des conflits armés
✔ la continuité institutionnelle
✔ certains projets d’infrastructures
Ses détracteurs dénoncent :
❌ l’accaparement du pouvoir
❌ la corruption endémique
❌ l’absence d’alternance réelle
Deux lectures opposées d’un même règne.
Conclusion
À 82 ans, Denis Sassou Nguesso incarne l’un des symboles les plus durables du pouvoir présidentiel en Afrique. Mais cette longévité s’accompagne d’un essoufflement démocratique, d’inégalités persistantes et d’un lourd passif judiciaire à l’étranger.
Alors qu’il vise un nouveau mandat, une question reste au cœur du débat congolais : stabilité prolongée ou enfin l’ouverture vers une véritable alternance politique ?
Xolomo Tokpa

